SÉSAME/Écoles
Excelia et SCBS quittent le concours SÉSAME : ce que révèle ce retrait sur le marché des écoles de commerce post-bac
Le consortium SÉSAME passe de 16 à 14 écoles et de 19 à 17 programmes pour la session 2026. Derrière ce retrait en apparence technique se lit une recomposition plus large du marché des candidatures post-bac.

Photo : Myrabella / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Depuis sa création en 2011, le concours SÉSAME s'est imposé comme l'une des deux grandes portes d'entrée post-bac vers les écoles de management françaises, aux côtés du concours ACCÈS. Sa force a toujours reposé sur un principe simple : mutualiser une banque d'épreuves entre plusieurs écoles pour permettre aux candidats de passer un seul examen et de postuler à plusieurs établissements. Pour la session 2026, ce socle collectif se resserre. Deux écoles, Excelia Business School (La Rochelle) et South Champagne Business School : SCBS (Troyes), ont annoncé leur retrait de la banque d'épreuves SÉSAME, ramenant le consortium de 16 à 14 écoles et de 19 à 17 programmes post-bac. Un événement qui, en apparence technique, mérite d'être décrypté en profondeur, tant il éclaire les recompositions en cours sur le marché des écoles de commerce françaises.
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01Un retrait annoncé sans surprise majeure pour les observateurs du secteur
Selon Thomas Lagathu, directeur du concours SÉSAME, la décision d'Excelia et de SCBS ne relève pas d'un désaccord de gouvernance ou d'une rupture stratégique fracassante, mais d'un constat opérationnel répété sur plusieurs sessions : les deux écoles peinaient depuis plusieurs années à pourvoir l'intégralité de leurs places ouvertes via le concours, et surtout à recruter le profil de candidats qui leur convenait parmi les postulants SÉSAME. En clair, la banque d'épreuves commune ne leur apportait plus le vivier de candidats espéré, ni en quantité ni en adéquation avec leur projet pédagogique.
Ce retrait concerne spécifiquement les programmes Bachelor en quatre ans (BBA) que ces deux écoles proposaient au sein de SÉSAME. Excelia et SCBS ne disparaissent pas du paysage de l'enseignement supérieur, elles restent accessibles par d'autres voies d'admission, notamment les admissions parallèles et leurs propres procédures de recrutement, mais elles sortent du dispositif mutualisé post-bac que constitue SÉSAME.
02Les chiffres qui contextualisent la décision
Ce retrait s'inscrit dans un marché post-bac plus disputé qu'il y a quelques années. Selon les données communiquées par la direction de SÉSAME, la session 2026 enregistre une baisse de 1,29 % du nombre de candidats par rapport à l'année précédente. Une variation modérée, que la direction du concours replace elle-même dans un environnement concurrentiel qu'elle juge exigeant : SÉSAME se maintient, dans un paysage où les voies d'accès aux écoles de management se sont multipliées.
Plusieurs facteurs structurels sont avancés pour expliquer ce contexte tendu.
- Un regain d'intérêt net pour les classes préparatoires économiques et commerciales (ECG, ECT), qui redeviennent une option crédible et valorisée aux yeux d'une partie des lycéens et de leurs familles, après plusieurs années où les voies post-bac directes avaient le vent en poupe.
- Une visibilité croissante des admissions sur titre (AST) en cours de cursus, qui offrent une flexibilité que les candidats, et surtout leurs parents, souvent décisionnaires dans le choix d'orientation, apprécient de plus en plus : entrer dans le supérieur par une voie généraliste avant de rejoindre une grande école en bac+2 ou bac+3 rassure sur la réversibilité du parcours.
- Une réduction du nombre de places en apprentissage dans plusieurs écoles de management, un mode de financement des études qui pesait lourd dans l'attractivité de certains programmes post-bac, notamment pour les familles aux ressources plus contraintes.
03Pourquoi Excelia et SCBS en particulier ?
Le positionnement des deux écoles concernées éclaire ce retrait. Excelia, implantée à La Rochelle, et SCBS, basée à Troyes, sont deux établissements de taille intermédiaire, hors des très grands pôles urbains qui concentrent naturellement l'essentiel des candidatures post-bac (Paris, Lyon, Lille). Leur ancrage territorial, souvent présenté comme un atout de proximité et de cadre de vie, semble aussi constituer un frein relatif face à des candidats qui, pour beaucoup, arbitrent leur choix d'école post-bac en fonction de la visibilité de la marque, du réseau alumni perçu et de la centralité géographique.
À cela s'ajoute un phénomène propre aux banques d'épreuves communes comme SÉSAME : les candidats classent leurs vœux d'écoles par ordre de préférence, et les établissements les moins prioritaires dans les classements de vœux récupèrent mécaniquement les profils qui n'ont pas été admis ailleurs, pas nécessairement ceux qui correspondent le mieux à leur projet pédagogique. Pour des écoles cherchant à construire une identité et un recrutement cohérents avec leurs spécificités (Excelia met par exemple l'accent sur le tourisme, l'hôtellerie et la RSE ; SCBS sur l'entrepreneuriat et l'ancrage territorial en Champagne), rester dans un dispositif mutualisé peut, paradoxalement, diluer plutôt que renforcer leur positionnement.
04Une session 2026 à 14 écoles : ce qui reste stable
Ce retrait ne remet pas en cause l'architecture générale du concours SÉSAME. Pour la session 2026, le consortium continue de rassembler 14 grandes écoles de management proposant des cursus post-bac en quatre ou cinq ans, avec des diplômes visés par l'État et, pour la plupart, un grade de licence ou de master. Les modalités du concours restent, elles aussi, globalement stables : épreuves écrites digitalisées sous surveillance webcam et micro, organisées le 8 avril 2026, articulées autour de trois séquences, « comprendre », « communiquer » et « analyser », puis des oraux individuels et/ou collectifs pour les candidats admissibles, entre fin avril et mi-mai.
| Avant le retrait | Session 2026 | |
|---|---|---|
| Écoles membres | 16 | 14 |
| Programmes post-bac | 19 | 17 |
La seule évolution notable côté format concerne les oraux, dont l'édition 2026 a acté un glissement vers une expérience « plus fluide, plus interactive et davantage centrée sur le dialogue » entre candidats et jurys, une orientation qui traduit, elle aussi, une volonté des écoles restantes de mieux évaluer l'adéquation entre candidats et projets pédagogiques, précisément le point de friction qui semble avoir motivé le départ d'Excelia et de SCBS.
05Ce que ce retrait dit du marché des écoles de commerce post-bac
Au-delà du cas particulier de ces deux établissements, cet épisode illustre une recomposition plus large du paysage des concours post-bac en école de commerce. Les banques d'épreuves communes (SÉSAME, ACCÈS) ont longtemps fonctionné sur un modèle où la mutualisation profitait à toutes les écoles membres, en leur offrant une visibilité et un vivier de candidats plus large que ce qu'elles auraient pu attirer seules. Mais ce modèle suppose un équilibre : chaque école doit y trouver un flux de candidats suffisant en nombre et en qualité d'adéquation. Quand cet équilibre se rompt, soit parce que la concurrence entre écoles membres favorise structurellement certains établissements au détriment d'autres, soit parce que le contexte macro (regain des prépas, essor des AST, contraction de l'apprentissage) réduit le vivier global de candidats, certaines écoles peuvent légitimement estimer qu'un recrutement mené en propre sert mieux leur projet pédagogique.
Ce mouvement n'est pas isolé : il fait écho à des dynamiques déjà observées dans l'enseignement supérieur privé français, où plusieurs établissements ont, ces dernières années, choisi de sortir de dispositifs mutualisés pour reprendre la main sur leurs propres canaux de recrutement, parfois via des admissions directes, des partenariats avec des plateformes spécialisées, ou un renforcement de leur présence sur les salons et JPO. Le pari est le suivant : mieux vaut un recrutement plus restreint mais mieux ciblé, qu'un recrutement plus large mais moins maîtrisé.
06Quelles conséquences pour les candidats et pour les centres de préparation ?
Pour les futurs candidats visant Excelia ou SCBS, la conséquence est concrète : il ne sera plus possible d'intégrer le BBA de ces écoles via le concours SÉSAME. Les candidats devront se tourner vers les procédures d'admission propres à chaque établissement, ou vers les admissions parallèles, ce qui implique une préparation différenciée, dossier de candidature spécifique, entretiens propres à chaque école, calendriers distincts de celui de Parcoursup/SÉSAME.
Pour les centres de préparation aux concours post-bac, ce retrait a une double implication. D'une part, un ajustement immédiat et mécanique des supports pédagogiques et commerciaux : toute mention d'Excelia ou de SCBS dans les brochures, fiches écoles ou simulations d'oraux SÉSAME doit être retirée ou requalifiée. D'autre part, une implication plus stratégique : la contraction du nombre d'écoles au sein de SÉSAME peut être présentée aux familles non pas comme un signal négatif, mais comme un resserrement qualitatif, 14 écoles, un socle plus homogène, une meilleure lisibilité du dispositif. C'est un argument commercial à double tranchant qu'il convient de manier avec prudence et transparence, en s'appuyant sur les chiffres réels plutôt que sur une lecture univoque.
Ce mouvement invite aussi à une vigilance accrue sur l'évolution du concours ACCÈS, qui accueille précisément Excelia à partir de la session 2027 et passe ainsi à quatre écoles membres (ESDES, ESSCA, IÉSEG et Excelia). Le départ de SÉSAME n'est donc pas, pour cette école, une sortie du post-bac mutualisé, mais un changement de banque d'épreuves. Avec un consortium plus resserré, ACCÈS reste structurellement moins exposé à ce type de recomposition, mais pas à l'abri, pour autant, des mêmes tendances de fond : concurrence des classes préparatoires, essor des AST, et exigence croissante des candidats en matière de lisibilité et de cohérence entre le concours passé et l'école intégrée.
Ce qu'il faut retenir
Le départ d'Excelia et de SCBS s'explique moins par une fragilité du concours que par un choix de positionnement : deux écoles de taille intermédiaire, aux identités marquées, ont estimé qu'un recrutement mené en propre servait mieux leur projet. Avec 14 écoles et 17 programmes, SÉSAME conserve l'essentiel de son périmètre et de son architecture, et aborde la session 2026 avec un socle plus homogène, dans un paysage où prépas, admissions parallèles et concours mutualisés se partagent désormais l'attention des candidats.
Savoir ce qui t'attend, c'est bien. En faire un réflexe, c'est mieux.
Cet article vous donne les repères. La prépa ALVA, elle, vous fait répéter le geste jusqu'à ce qu'il devienne automatique le jour du concours.
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